Le vélo qui fait voyager

mercredi 16 novembre 2016

La chasse fantastique

11-12-13 novembre 2016

C'est l'automne et c'est le temps de la chasse. Il parait qu'il y a tellement de sangliers dans les Ardennes que les chasseurs sont obligés d'atteindre leur quota de bête morte sous peine d'amende. Et on y aurait même aperçu un loup ! 

La chasse aux cols est ouverte dans les Ardennes
Alors j'ai décidé de m'y mettre moi aussi et de battre la campagne dans ce pays de contes et légendes pour y débusquer 10 petits cols répartis des deux côtés de la frontière avec mon fidèle braque bleu. Même s'ils sont modestes, j'espère bien les glisser dans ma gibecière.

Non, mais quand je disais que je partais à la chasse aux cols, c'était une image...
En chemin, je rencontre Charlie, un petit bout de 6 ans, qui m'embarque dans son camper-van en lego jusqu'à l'île de Pantelleria au large de la Sicile où il fait très chaud et où les maisons s'appellent des Dammuso. Bientôt, il va faire un grand voyage à vélo avec ses parents, de Namur à St Petersbourg.

Je quitte son petit coin de soleil pour pénétrer le glacial brouillard ardennais. Il est si persistant, que c'est lui qui finit par pénétrer mes vêtements imperméables. Bientôt, je ne sens plus mes pieds. Alors je m'arrête dans une auberge pour me réchauffer.

La brasserie de l'abbaye de Rochefort. Visites interdites.
Un vieux monsieur vient me parler. Il a la peau aussi fine et diaphane que de la feuille de brick. En lui serrant la main, je m'attends à ce qu'elle se craquelle. Tout à coup, je me retrouve en Camargue en 1955, un jeune homme de 17 ans s'est écroulé dans un fossé, terrassé par la fièvre. Il avait quitté son collège de jésuites en Belgique pour découvrir le monde et goûter au concept de la liberté, le seul mot qu'on ne lui ait pas enseigné dans son école. Heureusement pour lui, un groupe de gitans l'a recueilli et l'a soigné pendant des jours avec des remèdes à base de plantes. Il a donc décidé de passer un bon bout de sa vie avec eux avant de continuer à explorer le monde puis de revenir au pays. Il me rappelle un poète qui était venu faire l'école buissonnière dans ces parages.
Il est d'ailleurs temps pour moi de poursuivre mon périple à travers les collines ardennaises, le long de la Meuse et de la Semois, tout en évitant les chasseurs afin qu'ils ne me fassent pas deux trous rouges au côté droit.

Au détour d'un méandre, je m'installe à la terrasse d'un café, histoire de tenir une tasse chaude entre mes doigts. Il a neigé en haut du dernier col et je suis glacé. Jean vient s'installer à côté de moi et me demande si ça me dérange s'il fume une roulée. Je lui réponds que non. Il me dit que ça ne le dérange pas non plus que je boive un café. J'aime déjà beaucoup Jean.

Drôles de champignons
Puis il me demande si je connais Jacques Brel. Pas personnellement, que je lui réponds. Alors il m'emporte jusqu'aux îles Marquises où le grand Jacques est enterré. Et après quelques minutes, me voilà dans la garrigue, près de Toulon, alors qu'un incendie ravage la forêt. Jean a deux côtes cassées à cause d'un accident de moto. Malgré tout, il pourrait partir pour se mettre à l'abri du danger, mais il préfère rester aux côtés d'un ami qui ne veut pas laisser ses chèvres périr seules dans les flammes.

Ces chèvres gourmandes ont failli se faire roussir aussi
Finalement elles ont épargné la chèvrerie, mais on a quand même eu chaud. Pour me rafraîchir, je plonge à nouveau dans la brume ardennaise en me demandant quelles nouvelles histoires, réelles ou rêvées, elle va m'offrir.

Le village de Lessive et ses habitants échassiers, les chabots
Avec tout ça, je ne sais d'ailleurs plus très bien où je suis. Si j'en crois les couleurs de la forêt, j'ai dû découvrir, par mégarde, l'Eldorado tant convoité des conquistadors.
Le plus haut col s'élève à 464m mais c'est déjà du relief de montagne
Et la chasse aux cols dans tout ça...  Les kilomètres parcourus, le dénivelé, ... Ca n'a pas tellement d'importance. Une seule chose compte, c'est que le loup rôde dans le brouillard des Ardennes. Je l'ai vu !


Pan !


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mercredi 26 octobre 2016

La méditation Vazen


風呂 n'était pas venu au Japon en quête de soi ou de spritualité. Il voulait juste tâter du bitume, se dépasser physiquement tout en découvrant le pays, sa culture, sa cuisine et se détendre dans les onsens après avoir avalé les kilomètres pour en prendre plein les mirettes. Il a eu tout ça; mais tellement plus aussi. Il ne s'y attendait pas.

Ça a commencé dès le premier jour de voyage quand Hiroko, son hôte warmshowers, l'a emmené au temple pour lui faire découvrir la méditation zazen avant son départ. La religion, c'est pas trop son truc, mais c'était une chance de découvrir une partie de la culture japonaise et il ne voulait pas la louper. Ils se sont donc levés à 5h30 car la séance prend fin à 7h.

Temple bouddhiste où se pratique la méditation zazen
La méditation zazen consiste à se concentrer sur ce que l'on ressent au moment présent pour se libérer l'esprit, pour y voir plus clair et atteindre une sorte de paix intérieure. D'essayer, en tout cas. Le concept est un peu plus complexe que ça mais Hiroko le résume ainsi: Si tu ressens de la faim ou si tu trouves que tu as chaud, c'est bien. Il faut se concentrer sur ces sensations. Par contre, il ne faut pas te dire "tiens j'irais bien manger une glace!". 

Il ne faut ni se projeter dans le futur ni retourner dans le passé. Il ne faut pas non plus combattre toute forme de pensée mais les laisser venir et aller jusqu'à ce qu'on ne ressente plus que le présent. Un sacré exercice de funambulisme spirituel !

C'est d'ailleurs difficile pour 風呂, voire même périlleux car la méditation zazen se pratique assise (facile?) en position du lotus ou semi-lotus (aïe !).

Paysage zen sur Shikoku
風呂 se retrouve donc assis pieds nus sur un tatamis, dans un temple, entouré d'une demi-douzaine de personnes. Un moine en position du lotus parfaite lui fait face. 風呂, lui, arrive à peine à croiser ses jambes, dans la douleur qui plus est ! Il en ressent des sensations: ses articulations qui lui font mal, la chaleur, la goutte de sueur qui descend le long de sa tempe, ses vêtements qui collent à la peau. Il ne va jamais tenir plus de 5 minutes ! Ah non, ça il n'a pas le droit d'y penser. Vite, se reconcentrer... La méditation zen, ça le stresse ! Heureusement, le moine abrège ses souffrances en faisant retentir la clochette qui annonce la fin de son calvaire.

Et le début de l'aventure ! Tandis qu'Hiroko part pour sa journée de travail, 風呂 part pour l'inconnu.

Voyager à vélo est aussi une sorte de méditation. On répète inlassablement le même mouvement, et on rentre dans une sorte de transe semi-consciente. Le cerveau se déconnecte, les pensées défilent au rythme du paysage. On refait le monde, on refait sa vie, on pense à des conneries. Un insecte de ouf (ce n'est pas ce qui manque au Japon) vous rappelle que vous n'avez toujours pas vu le film Microcosmos. Puis à la fin de l'étape, on ne sait pas vraiment à quoi on a pensé pendant toutes ces heures...

Insecte de ouf !
Tout comme la médiation zazen, le voyage de 風呂 a également commencé dans la douleur. Pour le dénivelé et la chaleur, il savait. Mais ce à quoi il ne s'attendait pas, c'est la difficulté à communiquer avec les japonais. La plupart des japonais qu'il croise dans la montagne ne laisse transparaître aucune émotion à son égard alors qu'il aurait besoin d'encouragements dans les montées bien raides. Il chérit le peu qu'il reçoit comme des trésors. 

Dénivelé de ouf dans les monts Hida
Quand il s'arrête, certaines personnes tentent quand même de lui parler et il se fait même offrir une bière une fois mais beaucoup ne maîtrisent pas l'anglais ou sont trop timides pour oser le parler. Et quoiqu'il fasse aucune notion de japonais semble vouloir s'incruster dans son cerveau. Il comprend juste "doko" qui veut dire "où". Alors quand il entend ce mot, il dit tout: d'où il vient, d'où il est parti au début du voyage, d'où il est parti aujourd'hui, où il va...
Norikura, un stratovolcan qui fait partie des 100plus belles montagnes du Japon
Mais pendant 3 jours, 風呂 n'a aucune vraie conversation avec quelque japonais que ce soit. Et après des heures et des heures de selle en solitaire, ça lui pèse. 

Le Norikura Kogen culmine à 3000m d'altitude, la route à 2700m.
Pourtant 3 jours, ce n'est rien ! Une française rencontrée à Wakayama est restée un mois avec des japonais qui ne parlaient pas anglais lors de son Shikoku Henro, un pélerinage de 88 temples autour de l'île de Shikoku. Quand ils ont fait connaissance, elle en avait des choses à raconter !

Paysage zen dans le parc national de Chūbu-Sangaku
風呂, lui, a eu la chance d'arriver à Gujo Hachiman assez rapidement. Un joli petit village de montagne connu pour son festival de danse qui dure tout l'été, ses eaux pures, ses carpes qui recyclent les détritus de cuisine et ses fabriques de répliques de nourriture que les restaurants japonais placent dans leur devanture. Rien que pour tout ça, 風呂 était heureux d'y aller. Mais il n'était pas au bout de ses surprises.

Atelier de répliques de nourritures: Sample Kobo
Le soir même, il se fait emporter par un tourbillon d'enfants en kimono qui se répandent dans les rues et semblent tous aller au même endroit. Il suit le courant et se retrouve dans une cour d'école pour le festival de danse des petits. Les enfants font tout, la musique et les danses, sous le regard bienveillant des adultes qui leur montrent les pas. Les générations et les époques affluent toutes ici. La soirée a quelque chose de magique.

Fête de village très zen
Le village tout entier aussi. Le lendemain, il se rend à l'office de tourisme pour trouver un hébergement. Il y rencontre Miharu qui lui propose de l'emmener faire le tour de la région pendant son jour de repos.

Art de rizière - à l'honneur le Ayu, petit poisson de rivière
Au restaurant le soir, il rencontre Kei qui lui donne de précieux conseils et qui lui permet de mieux comprendre la culture et la mentalité japonaise. Il apprend par exemple, que si des japonais t'invitent chez eux à Kyoto et qu'au bout d'un moment ils te proposent de boire le thé, c'est qu'il est temps de tirer sa révérence.

Amida-ga-taki - une des 100 plus belles cascades du Japon
Lorsqu'il fait chaud, il se baigne dans la rivière en contemplant les gosses du village qui se jettent dans l'eau du haut des rochers et des ponts.


Il se la coule douce a Gujo Hachiman. Mais le temps ne s'est pas arrêté. Au bout de quelques jours, il repart, plus serein.

Hachiman est homonyme de "80 000", cette rue est donc composée de 80 000 galets
Au fur et à mesure qu'il avance, il se rend compte à quel point le Japon est idéal pour le voyage à vélo. Il y a peu d'infrastructures spécifiques, mais la cohabitation entre cyclistes, automobilistes et piétons se passe plutôt bien et il est aisé de trouver des itinéraires bis pour éviter les gros axes.


L'eau potable est quasi omniprésente et au pire, il y a des distributeurs de boisson partout, même perdus au milieu des rizières.

Le château de Gujo. Pas authentique mais tout de même sympathique
Pour les victuailles, il suffit de se rendre dans un des innombrables konbinis qui poussent comme de la mauvaise herbe sur le bord des routes. Il n'a pas sorti la popote une seule fois du voyage !

Les konbinis sont aussi un des rares endroits où l'on trouve des poubelles
Et pour dormir, il plante sa tente dans les parcs. Tant qu'il se fait discret et respectueux, ça ne pose pas de problème. Les gens qui passent lui disent bonjour ou bonsoir et lui font même la conversation. Il y trouve de l'eau, des toilettes avec de l'électricité pour recharger son portable toute la nuit et surtout un panorama magnifique plus souvent qu'à son tour. Mieux qu'un camping de luxe, c'est l'auberge des mille étoiles !

Après où est Charlie, où est Big Agnes (ma tente) ?
Il aime se débrouiller par lui même, mais il sait aussi qu'il peut compter sur la sympathie des japonais si jamais il en avait besoin. Et c'est important. Il sait aussi que lorsqu'il traversera un moment difficile pendant le voyage, il y aura toujours un Gujo Hachiman au détour de la route pour le surprendre et l'émerveiller. Il n'y a donc jamais vraiment de raison de s'inquiéter.

Shirakawa-go et ses habitations montagnardes typiques aux toits en forme de "mains jointes"
Il avait d'abord envisagé son voyage comme une course aux kilomètres, il ne voulait rien louper, en voir un maximum. Finalement, il ne se passait pas grand chose. Maintenant, il va zen et il en voit et en vit davantage.

Brumes après la pluie
Petit à petit, il apprend à prendre tout son temps. Il essaie d'enregistrer mentalement le moindre détail de ce qu'il voit, de ce qu'il ressent, de profiter au maximum de tous les instants de son séjour, de savourer le moment présent même si ce n'est pas toujours facile ni possible. Il ne se préoccupe aucunement de ce qu'il mangera ce midi ni d'où il va dormir ce soir. Il verra le moment venu. Son esprit est libre, disponible pour accueillir tout ce que le voyage a à lui offrir.

Il est devenu zen.

Presque malgré lui.

samedi 1 octobre 2016

Les raisins de la colère

20 août 2016

D'abord, ce sont des gouttelettes qui apparaissent comme des perles. Puis elles grossissent et se rejoignent petit à petit pour former des rivières. Bientôt, c'est  un océan de sueur qui recouvre ses avants-bras. D'autres gouttes préfèrent tomber depuis la visière de sa casquettes ou glisser le long de son visage pour lui chatouiller les sourcils et les narines.

Comme l'eau qui irrigue les rizières, la sueur longe ses bras, inonde ses cocottes et imprègne sa guidoline. Puis elle rejaillit au bout de son cintre, comme une source de montagne et tombe en cascade sur le haut de ses sacoches où elle forme des lacs. Ploc ploc ploc...

Mais qu'est-ce que cette flotte sur ma sacoche? Put..., c'est ma sueur?!!
風呂 a chaud. Il n'est que 7h00 du matin.

Comme tous les jours, ses vêtements sont déjà visqueux de sueur. Il se souvient encore avec horreur de cet employé de ferry qui lui avait posé amicalement la main dans le dos pour lui indiquer la direction à prendre. Ça avait fait "splotch". Il en a des frissons, rien qu'à y penser. Le pauvre employé doit encore en avoir la main toute gluante, il n'avait vraiment pas mérité ça.

Heureusement, 風呂 a développé plusieurs techniques pour supporter la chaleur. 

La première consiste à se lever le plus tôt possible. L'idéal serait 4h30 pour partir dès les premières lueurs de l'aube mais il a du mal et il part en général vers 6h-6h30. Ce qui lui permet déjà de parcourir une belle distance avant les heures infernales lorsqu'il se repose à l'ombre ou visite un musée au frais. Puis il reprend la route pour quelques heures lorsque ça commence à rafraîchir, c'est à dire quand la température tombe sous les 35°.

Lever de camp au lever du jour
La deuxième, c'est d'acheter une bouteille  de boisson de sportif congelée (aquarius, kirin loves sport, pocari sweat ou autre) qu'il trouve dans les kombinis. Il en boit un peu au fur et à mesure qu'elle fond et rempote la bouteille avec l'eau de sa gourde. Comme le sucre ralentit la fonte du liquide, ça lui fait une boisson fraîche pendant une heure ou deux. Il est assez content de son stratagème.

De la sueur de pocari?! Prêt à tout pour se désaltérer !

Une autre technique consiste à se baigner aussi souvent que possible. Les plages qu'il découvre sont plus belles les unes que les autres. Pourtant elles sont toujours quasi désertes à chaque fois.

  Plage avant Fukuoka et après Fukuoka,

Apparemment, les japonais considéreraient la mer comme une source de danger plutôt qu'un lieu de détente. Et lorsqu'ils se baignent, c'est souvent tout habillé car leur autre grand ennemi est le soleil. Quand on les interroge, ils disent que c'est à cause du cancer de la peau. C'est aussi car ils trouvent que les peaux de porcelaine sont plus esthétiques même s'ils ne l'avoueront pas forcément.



 avant Kagoshima et sur Yakushima (lieu de ponte de tortues)

Mais idéalement, ce que 風呂 apprécie particulièrement en cas de fortes chaleurs, ce sont de bons fruits frais, désaltérants et juteux à souhait. L'été il pourrait se nourrir que de ça!

Hélas, au Japon, ce n'est pas vraiment possible : les fruits sont bien trop chers. La demie-pastèque peut atteindre 9€, le melon, 16! Ils vendent les raisins à la grappe et les pêches à l'unité pour 5€.
Ici, les gens s'offrent les fruits comme cadeau. C'est un produit de luxe.
 10€ la grappe de raisin, 8,60€ les 6 clémentines, 5€ la pêche... 

Seules les bananes échappent à cette flambée des prix. Encore heureux car un cycliste sans banane, c'est comme Popeye sans ses épinards ou Astérix sans sa gourde de potion magique!

Bien sûr, 風呂 ne pense plus qu'à manger des fruits. Cette idée ne veut plus lui lâcher la grappe. Il a tellement envie de  fruits qu'il fait des rêves érotiques à base de pêches et de melons: dès qu'il rentre en France, ça va être l'orgie !

Parfois il craque et s'achète des prunes ou des clémentines. Il n'a jamais rien mangé d'aussi délicieux!
Un marchand de fruits lui a offert quelques tranches de pastèque un jour. Le saint homme! Qu'il soit vénéré pour toujours.


Des étals regorgeant de légumes et de fruits bordent la route. Comme d'habitude, 風呂 essaie de ne pas y prêter attention. Il ne peut quand même s'empêcher d'y jeter un coup d'œil en biais. Et, surprise, les fraises sont à 200 yens (environ 2€), le raisin à 100. Que se passe-t-il, serait-il au jardin d'Eden? Non, il traverse le parc national d'Aso Kuju, dans la région volcanique et montagneuse d'Oita.

Les montagnes Kuju
Il ne peut faire autrement que de s'arrêter pour en acheter. Pour que ce soit parfait, il ne lui manquerait plus qu'un endroit tranquille, frais et ombragé, pour savourer ses trésors. Une centaine de mètres plus loin, une magnifique cascade exhausse ses voeux. Décidément, si cette région n'est pas le paradis sur terre, ça y ressemble beaucoup.


Il lave les fruits dans les eaux fraîches et limpides puis s'empresse de les goûter. Les raisins le déçoivent un peu, ils ont une texture de litchi et sont remplis de pépins. Ils feront l'affaire quand-même ! Et les fraises... Elles sont goûtues et sucrées à souhait, en un mot, parfaites !

C'est bien parce qu'on sait que l'eau qui coule le long de ses joues est de la sueur sinon on pourrait croire que ce sont des larmes...

vendredi 23 septembre 2016

La quintessence du Japon

23 juillet 2016

風呂 est à Nagoya, une ville de grattes-ciels orgueilleux, de pachinkos bruyants et enfumés, de centres commerciaux gigantesques et d'arcades de jeux survoltées. 
  
Arcades
Ce n'est vraiment pas le côté du Japon qu'il préfère ni qu'il désire voir. Que vient-il faire dans cette ville aux allures futuristes alors ? 

Parking à vélo automatique
Il est ici pour voir un tournoi de sumo, le fameux sport ancestral japonais.

"Le sumo, c'est la quintessence du Japon. Une tradition millénaire qui concentre toute l'âme de l'archipel", lui explique Aki, son voisin de derrière, qui fait aussi la queue pour tenter d'obtenir un précieux billet pour la finale du Nagoya Bashō.

風呂 a quitté Gujo Hachiman hier à 17h00 après avoir rencontré un microbrasseur local. Il a suivi un cours d'eau qui descendait en même temps que le jour en profitant encore un peu de la beauté de la montagne. 


Puis il s'est retrouvé sur des petites routes forestières, en pleine nuit. Tout à coup, il a espéré ne pas se retrouver nez à nez avec un des ours contre lesquels de nombreux panneaux l'ont mis en garde. 

Ceci serait-il un piège à ours?

Fort heureusement, mis à part quelques bestioles inoffensives et plus effrayées que lui, il ne fit pas de mauvaises rencontres. Puis il a traversé l'interminable damier de rizières et de maisons qui s'étend sur des dizaines de kilomètres jusque Nagoya. Vers 23h, il a planté sa tente dans un parc proche du château où des jeunes à moto écoutaient du J-rock. Son but étant de se lever à 5h30 le lendemain matin afin de mettre ses affaires à la consigne de la gare puis d'aller chercher sa place.

Les parcs urbains du Japon sont d'excellents campings ***: eau, toilettes, électricité et animation gym tous les matins
La vente commence à 7h45 et seuls 200 tickets sont disponibles pour le jour même. Quand il arrive au stade pour prendre place dans la file d'attente dès 6h30, il est déjà trop tard... 

Les oriflammes au nom des stars du sumo. Les tambours annoncent le début du tournoi.

"Tu sais qu'on n'aura pas de place ?", le prévient Aki. Une file d'au moins 250 personnes serpente devant eux. A une trentaine de mètres, un homme tient une pancarte sur laquelle il est écrit "A partir d'ici vous êtes certains de ne pas obtenir de billet". C'est écrit en kanji donc 風呂 a une excuse pour continuer à attendre mais les japonais ? "On espère que des gens auront un problème, qu'ils ne pourront pas payer... "

Autant espérer qu'ils se fassent enlever par des extra-terrestres ou qu'ils subissent une combustion spontanée! Les dix premières personnes situées juste après la pancarte peuvent encore espérer un peu mais pour Aki et 風呂, c'est perdu d'avance!
Il vaut mieux venir avec un gaman blindé
Aki le sait bien tout comme les nombreuses personnes qui patientent derrière eux. Mais tout de même, ils attendent. Soudain, une idée un peu farfelue traverse l'esprit de 風呂: et si Aki l'avait abordé pour le décourager et gagner une place? Ce serait bien fourbe de sa part ! Et surtout inutile car 風呂 est bien décidé à mettre son gaman à l'épreuve.

Le gaman n'est pas un superhéros comme Anpanman (personnage star de dessins animés japonais pour enfant, qui se fait manger la tête par ses amis quand ils font une crise d'hypo). C'est un terme zen qui désigne l'art d'endurer ce qui semble insupportable avec patience et dignité. 

風呂 n'aura pas tellement l'occasion de le mettre en pratique. A 8h10, tous les billets sont déjà écoulés. Cependant, Aki a encore un espoir: "Viens, on va aller voir les sumos combattre au centre d'entraînement!"

Les stars arrivent au stade en 4x4, les jeunes sumos arrivent à pied ou en métro
En chemin, Aki explique que les combats de sumos gagnent à nouveau en popularité mais que la plupart  des lutteurs viennent d'Europe de l'Est ou de Mongolie. Aucun japonais ne figure dans le plus haut rang du sport. Son préféré est Mongole d'ailleurs. Il adore ce sport mais si ses enfants voulaient devenir sumotoris, il le leur interdirait car c'est un style de vie difficile, une carrière courte et une reconversion quasi impossible. 風呂 se demande comment on peut avoir l'idée de devenir sumo quand on est né en Europe de l'Est.

La salle d'entraînement

Ils arrivent au centre, mais là encore, la chance leur fait défaut: c'est le dernier jour du tournoi donc il n'y a pas d'entraînement. Ils voient juste 2-3 sumos se balader en caleçon en se brossant les dents devant quelques fans. 風呂 a du mal à imaginer la même scène en league 1.


Quelque peu déçu, Aki part rejoindre sa famille tandis que 風呂 traîne dans les rues de Nagoya. Ce soir il dormira mal pour pas cher comme tant d'autres voyageurs dans un internet café situé près de la gare car il a la flemme de remonter la tente. 

Près de la gare de Nagoya
En attendant il admire jusque tard dans la nuit, une centaine d'étudiants en costumes traditionnels qui répètent inlassablement une chorégraphie à couper le souffle. Ils s'entraînent dur pour le Nippon Domannaka Matsuri, un festival de danse qui aura lieu dans moins d'un mois. Derrière lui, une centaine d'autres étudiants semblent errer sans but, sans se voir, sans se parler, les yeux rivés sur leur portable. Ils chassent le Pokemon, tels des zombies en manque de cerveau frais.

Des centaines de groupes d'étudiants s'entraînent pour le festival
A Nagoya, 風呂 n'a pas pas vu de combat de sumo... Mais il a quand même goûté à la quintessence du Japon.