Le vélo qui fait voyager

jeudi 14 avril 2016

[zythocyclade 09/12 - Brasserie TINA] Récupération active

Vendredi 8 avril 2016

Il paraît, même si cela fait polémique, que la bière serait très bonne pour la récupération après l'effort grâce aux vitamines et aux minéraux qu'elle contient. Et il est vrai, qu'après un périple de 560 kilomètres de vélos en 3 jours, une petite bière pour le réconfort ne serait pas de refus.

Mais peut-on trouver une vraie bonne bière aux abords de la Loire, dans les environs de Saumur, en plein cœur du vignoble?



Et bien oui ! Il existe une alternative aux bières pasteurisées dans le Maine-et-Loire, à 6 km du centre de Saumur: la TINA. Mythe de la bière ou pas, cette minuscule balade de 12km le long de la Loire pourra faire office de récupération active.


La TINA n'a rien à voir avec une bière arhumatisée, c'est en fait l'acronyme du slogan cher à Maggie Thatcher pour prôner l'austérité dans le Royaume-Unis des années 80 : There Is No Alternative.


Le maître-brasseur Jean-Jacques Bossard semble être aussi passé maître de l'ironie.


Car point d'austérité dans le local où il nous fait goûter toutes ses bières ni de manque de fantaisie dans ses recettes: il propose des bières classiques mais s'amuse surtout à explorer des territoires moins arpentés mais tout aussi charpentés comme sa bière au malt tourbé ou comme sa bière au chenin pour laquelle il utilise le cépage typique de la région. Cette dernière présente les fines bulles du vin pétillant et l'acidité rafraîchissante des vins de Saumur.

On n'a donc pas d'autre choix que de les apprécier!

Cette bouteille s'est brisée juste après le transport... Trop de pression du au chenin?

[Zythocyclade 08/12 - Abbaye de Villers-la-ville] Le Déluge !


Zythocyclade 08/12 - lundi 28 mars 2016

Le mois de Mars prend fin dans 3 jours et aucune zythocyclade n'a encore eu lieu !? C'est un scandale!

Heureusement l'abbaye de Villers-en-Brabant est en fête en ce lundi de Pâques: animations diverses, randonnées, visites de l'abbaye en ruine et, ça tombe bien, visite de la microbrasserie artisanale des lieux sont au programme. Il faut en profiter!

Les prévisions météo par contre sont déplorables: rafales de vent à 60km/h, pluie, froid, ... Ce n'est donc pas étonnant si Frère Seb et Frère Flo sont les seuls à prendre le train en direction de Charleroi. Le but est de faire une boucle passant par l'abbaye.

Le vent ne pose pas trop de problèmes aux deux compagnons. Bien au contraire, il les pousse dans le dos de sa main céleste, forte mais bienveillante. Ils roulent bon train le long du canal qui traverse la triste friche industrielle carolorégienne puis s'enfoncent dans la campagne brabançonne. Par contre, une pluie glaçante aux gouttes grosses comme des billes ne tarde pas à s'abattre sur eux comme la 7e plaie d’Égypte. Leurs vêtements imperméables mais vieillissants ne tardent pas à prendre l'eau de partout. Ils roulent encore plus vite.

Ils passent par Fleurus où devait avoir lieu un carnaval mais c'est plutôt un carnage qui les accueille. Les tables sont renversées, les tonnelles envolées et les rues désertées. La fête est tombée à l'eau.

Ils ne sont pas trop inquiets pour l'abbaye. Ils ont vérifié hier soir, le site internet annonçait que l'évènement était maintenu. D'ailleurs, un coin de ciel bleu apparaît à l'horizon puis peu à peu les nuages en colère se calment et se dissipent. La dégustation de la bière se présente donc sous les meilleurs auspices. Frères Seb et Flo en ont déjà l'eau à la bouche! Mais lorsqu'ils arrivent à l'abbaye, tout est étrangement, anormalement calme. Y-aurait-il de l'eau dans le gaz?

Comme tout semblait aller à vau l'eau, l'organisation a effectivement décidé d'annuler l'évènement ce matin même pour la première fois en 25 ans. La visite de la brasserie est donc noyée dans l'oeuf.

Dommage car ils auraient pu assister à un brassage au fourquet d'une recette proche de celles qu'utilisaient les moines de l'époque. Certes, l'abbaye n'a pas retrouvé de recette enluminée sur un parchemin mais elle a pu s'appuyer sur les archives de la comptabilité de la brasserie des moines pour faire élaborer deux bières à base d'orge et d'épeautre : l'authentique V (blonde) et l'authentique IX (triple). La confrérie des hostieux moines de l'abbaye de Viller-en-Brabant fait aussi revivre la brasserie sur le site en y brassant 3 bières: la t’Serclaes (ambrée), la Ténébreuse (brune), la Lumineuse (blonde).



Au lieu de cela, Frères Seb et Frère Flo se retrouvent le bec dans l'eau et doivent se contenter de bourrer leurs sacoches d'Authentique blondes et triples. Même s'ils doivent mettre de l'eau dans leur bière, au moins les frères zythocyclistes ne reviendront pas bredouilles. Puis ils se rendent à la taverne d'en face pour se restaurer avant de reprendre la route.

C'est alors qu'ils entendent une voix leur conseiller de ne pas repartir pour Charleroi mais de poursuivre vers Bruxelles. En effet, au lieu de lutter contre le vent tels des martyrs, ils pourront se faire un allier du souffle céleste jusque la capitale belge. Celle-ci n'est qu'à une quarantaine de kilomètres de campagne vallonnée et de forêt. Grâce soit donc rendu au divin coup de téléphone de St Rémy !

C'est donc ainsi que se termine cette aventure sur la promesse de revenir un jour en espérant que cette fois-ci ce ne soit pas encore un coup d'épée dans l'eau.

mardi 12 avril 2016

Symphonie pastorale

Opération cave à vin - épisode 3 

Ste Maur sur le Loir -> Saumur - 180 km


Cette fois-ci je ne me fais pas avoir. J'avance mon réveil d'une demie heure pour partir à 5h du matin avec pour but de prendre le vent de vitesse.

Et ma tactique s'avère payante car le vent n'est pas aussi matinal. J'engrange les kilomètres sous une couverture pleine d'étoiles. Il y en a tellement que je ne reconnais aucune constellation. En même temps, j'en connais pas des masses. 

Je survole la campagne. Le grand projecteur céleste s'élève peu à peu pour éclairer la scène de ses rayons. Crapauds, oiseaux, insectes, tout le monde fait ses vocalises, depuis l'alto du coq au bariton de la vache en passant par le ténor de l'âne. Seul le faisan et sa voix de crécelle pourrait se faire recaler à l'audition mais on aime bien son plumage d'opéra alors on le garde. Un bambi aux bois naissants joue les jeunes premiers en coulisse. Des biches traversent nonchalamment la route telles des divas... Calme et volupté!

Et toujours pas un pet de vent à part celui que je produis. Je ne parle pas de prouts bande de dégoûtants mais de la masse d'air que je déplace en roulant ! Ça s'appelle le vent relatif. Mais vous avez raison, je deviens trop lyrique.

Vendôme

Il est 8h05. J'ai parcouru 60km et j'arrive à Vendôme juste à temps pour le petit déj'. Je m'arrête à la boulangerie pour acheter des petits pains. Je connais bientôt tout de la vie de Denise, la pétillante boulangère qui rêve de faire le tour du monde avec son mari. Puis je me rends au café d'en face. Denise me rattrape avec une meringue à la main pour me l'offrir. C'est vraiment très gentil! On ne la fait pas au cafetier par contre. "Ah ouais, vous venez de Lille à vélo? Ça va, c'est pas si loin." Il lui en faut plus pour l'impressionner. Il a raison.

Je repars mais cette fois le vent a fini sa grasse matinée. La lutte acharnée à travers la Beauce reprend. Heureusement, le vent n'est pas aussi enragé qu'hier et je maintiens une moyenne correcte. Force et honneur !

- Vendôme, Vendôme... Faut quand même admettre c'est plutôt du vent d'homme!
- Bof, Jeannie Longo, une petite brise comme ça, elle en fait son p'tit déjeuner...
A midi, je me délecte du sandwich et de la meringue de Denise près d'une mare dans la campagne baignée par le soleil. Puis je cherche un village où prendre un café. J'en traverse un où se trouve une gendarmerie. Il doit forcément y avoir un bistrot alors, me dis-je ! je n'avais pas tord.

Puis bientôt il ne me reste plus que 30km. Je suis si près du but que je me sens pousser des ailes. Mes genoux, mon cou, mes épaules, tout mon corps essaie vainement de me faire comprendre qu'il a mal, qu'il est fourbu mais mon cerveau est tellement imprégné d'endorphine qu'il s'en bat le bulbe rachidien.

Je vole à 30km/h. Je prends la roue d'un tracteur et je culmine à 37. Je fonce, je ne lâche rien. Force et honneur: si je maintiens cette vitesse, en moins d'une heure, je serai à Saumur!


Quand le sportif déchaîné qui avait pris possession de mon corps se volatise tout à coup, happé par une bande de sable. Du sable ?!! C'est quoi ce bazar!??

J'ai beau utiliser un maximum d'outils cartographiques pour peaufiner mes itinéraires, vérifier chaque portion avec streetview, google earth et autres, le chemin réserve toujours des surprises. Cette fois, c'est une route forestière qui se prend pour une plage d'Ibiza. Impossible d'avancer, le sable se dérobe sous mes roues. 

C'est l'occasion de revenir à la réalité, de marcher un peu pour me délasser les jambonneaux et de profiter de la merveilleuse forêt de pin qui m'entoure et du parfum de vacances qui s'en dégage. Calme et volupté.
Le Saumur-Champigny aura un goût de banane cette année
Les 15 derniers kilomètres de mon périple s'effectuent ainsi, en mode tranquillou-bilou. Même la grêle qui s'abat soudainement sur moi ne me dérange pas plus que ça. C'est l'occasion de tester le matériel: il est bon. 

Et je suis tout étonné quand j'aperçois enfin les majestueuses tours du château de Saumur à 4 kilomètres de l'arrivée. J'avais presque oublié mon objectif.

Pour terminer en beauté (et achever mes genoux), je grimpe jusqu'aux portes du château où je déguste enfin un verre de Champigny devant un superbe panorama bien mérité. Demain pourra commencer l'exploration du vignoble.

Château de Saumur

Force et honneur, calme et volupté !

 

Ce qui aurait gâcher ma journée :

Rrrien! Même pas quand ma batterie de téléphone a rendu l'âme et que j'ai perdu toutes mes statistiques. Je m'en bats le bulbe!

Journée de galérien

Opération cave à vin, 2e épisode

Chantilly - Ste Maur sur le Loir - 180 km

Je n'avance pas vite aujourd'hui. 

D'abord ce sont les dénivelés de la forêt de Carnelle qui se dressent sur mon chemins.
Puis ce sont les bouchons et les feux de la région parisienne qui me ralentissent. Avec en prime les relents de pots d'échappement qui me prennent à la gorge.
Enfin, arrivé dans la Beauce, c'est le vent implacable, inlassable qui se rue sur moi de toutes ses forces (environ 9 sur l'échelle de Beaufort).

Chartres
 Seul moment de grâce dans cette journée de galérien, la traversée de Dampierre-en-Yvelines et la route des 17 tournants. Soleil, château, forêt de conte de fée, jolie route, ruisselets et petit moulin: tout y est! D'ailleurs l'endroit pullule de cyclos. Ces vieux briscards ne s'y sont pas trompés.

Château de Dampierre-en-Yvelines
La journée s'étire et semble interminable. Le vent me frigorifie. Je mets presque 12h à rejoindre mon gîte du soir. Mais je tiens bon: force et honneur! Je jette tout ce qui me reste d'énergie dans les 15 derniers kilomètres car je suis à 3 gouttes de me faire saucer.

Bonneval
Heureusement, l'accueil de mon hôte airbnb est très chaleureux. Elle ne peut s'empêcher de me préparer une galette provençale malgré mon refus poli. Mes yeux ont dû me trahir... Miam! 

Ce qui aurait gâcher ma journée :

A Chartres, un jeune homme en jean, sac à dos et VTT à gros crampons m'accoste en pestant contre le vent avec une trace d'accent British. Il vient de Paris et veut rejoindre Angers ce soir après avoir couru le marathon il y a à peine quelques jours... Et pis quoi après? Retourner en Angleterre à la nage?!! J'ai l'air malin moi avec mon équipement et mes pauvres 180 km à la journée ! :-). Je doute qu'il puisse arriver à destination aujourd'hui mais je ne veux pas briser son enthousiasme.

Flûte à champagne !

Ma cave à vin est désespérément vide...

Bon, je n'ai pas de cave à vin. Mais ça ne change rien, je n'ai quand même plus une seule goutte de nectar rabelaisien.

Et si j'allais m'approvisionner directement chez le producteur? Disons, dans la Loire. Chinon, Saumur-Champigny, Cabernet d'Anjou, ces noms évocateurs poussent au voyage... Ce n'est qu'à 560km. En 3 jours j'y suis! Allez, c'est parti.

Jour 1 - Lille -> Chantilly

Je commence par une étape de 200 km. Le vent est plutôt favorable, mes pensées ont à peine le temps de vagabonder de collines en champs de patates, de bosquets d'arbres en bosquets d'éoliennes que je suis déjà arrivé, avec une heure et demie d'avance.

J'en profite pour faire un tour au château et déguster une assiette de fraises à la Chantilly, la vraie! Un jour les gens remarqueront que je ne fais du vélo que parce que je suis gourmand.

Ce qui aurait pu gâcher ma journée :

M'entendre dire par l'ouvreur du château que mon vélo gâche la vue. Non mais ho! T'as vu ta tronche toi?

mardi 29 mars 2016

[Zythocyclade 007/12 - Authentique Brasserie] Au service secret de sa majesté la Bière !




Z s'est aperçu que le site web de l'Authentique brasserie de Blaton est très artisanal et ceci lui laisse présager d'une micro-brasserie qui le serait tout autant. Mais il veut en avoir le cœur net. Il décide donc d'envoyer ses meilleurs agents secrets en mission zythologique.


C'est ainsi que, depuis St Amand les O, s'élance un groupe de deux fois 007 cyclistes dont le but est de percer tous les fûts secrets de cette brasserie et vérifier si C bières sont aussi authentiques qu'elle le prétend.

Tout se déroule pour le mieux jusqu'à la frontière belge où l'agent 034 est victime d'un sabotage: une vis de son guidon C faite la malle et celui-ci lui reste entre les mains. Certainement un coup du contre-espionnage belge. Heureusement, l'agent 034 s'en sort indemne sans même faire la moindre cascade. C dire si l'entraînement de nos services est excellent. 



La mission est-L mise en danger pour autant ? Non ! Car on n'arrête pas un groupe de zytho-espions aussi facilement! L'agent 057 dégotte un bout de ficelle, un morceau de chambre à R et emberlificote le tout autour de la potence. Et hop! Ils repartent. Le guidon tiendra miraculeusement bon jusqu'O bout.

Il fait beau mais le vent de face ralentit leur progression. Il vient de l'Est. C'est certainement un coup du KGB. 


Après avoir roulé à travers les bois et à travers champs, après avoir aperçu le château de l'hermitage, après avoir suivi des canaux et patiné dans la boue (probablement un coup bas du MI6) ils arrivent enfin à Blaton. Ces espions venus du froid courent vite se mettre O chaud dans la brasserie.


Ils sont accueillis par Frédérick Baert, le gérant, et sa mère qui ne tardent pas à coopérer. Les espions de la bière se restaurent sur place en goûtant les différentes cuvées du brasseur. C'est à la bonne franquette, les relations se détendent, l'atmosphère se réchauffe. Il ne reste que la bière froide.

 
S'ensuit la visite des installations. La salle de brassage fait 5m² à peine. C'est de loin la plus petite brasserie visitée pour l'instant. Mais attention, Frédérick ne fait pas dans la petite bière pour autant et tout le monde s'accorde pour la trouver excellente, qu'il s'agisse de la blonde, de l'ambrée ou de la triple. Pour être sûr, ils en boivent une deuxième. Un agent secret zythologique vérifie toujours ses informations méticuleusement.



Évidemment, le groupe traîne à repartir. Ils se munissent de quelques échantillons puis se remettent en route. 


Ensuite, ils longent D terrils et font le tour du joli village de Condé sur Escaut puis finissent par traverser la forêt de St Amand. Mais auparavant ils suivent d'anciennes voies de chemin de fer qui les mènent à la gare désaffectée de Fresne, ce qui ralentit évidemment leur progression puisqu'ils y font une halte.



Bien qu'ils aient maintenant le vent dans le dos, ils arrivent donc quand même à louper leur train. Encore un coup de la CIA (les Cyclistes Insouciants et Assoupis) sans aucun doute !


Mais leur mission n'échoue pas pour autant: ils sont tellement forts qu'ils arrivent à embarquer dans le train précédent qui était lui-même en retard. Ils arrivent donc à peu près à l'heure pour rendre leur rapport. Un sacré coup de Q qui a certainement dû intervenir car Z n'M pas qu'on lui ramène sa bière en retard !

CQFD

samedi 23 janvier 2016

[Zythocyclade 06/12 - Brasserie Cambier] The Cycling

La brasserie était fermée le jour de l'an, il aura donc fallu attendre patiemment jusqu'au lendemain pour se rendre à la brasserie Cambier. Celle-ci se cache à Croix à une petite quinzaine de kilomètres de Lille. Eh oui, l'année commence doucement même si l'itinéraire s'allonge un peu pour serpenter dans les parcs de la métropole.


Les brumes post-réveillon ne se sont pas encore tout à fait dissipées quand une dizaine de zythocyclistes partent en croisade. Les chemins sont plutôt boueux et leurs vélos sont plus sales qu'après un cyclocross dans le Connemara mais ils sont tranquilles et le soleil est de la partie. Ce n'est donc pas la croix et la bannière.

Après une premier trajet de 17km, ils font une pause à la villa Cavrois. L'accueil les refroidit aussitôt. Il n'y a pas de parking à vélo à l'extérieur. Un costume guindé leur dit que c'est la faute de la ville, évidemment, qui n'a pas pris le temps d'en installer sur le trottoir mais qu'il n'est pas question de laisser les vélos à l'intérieur du domaine. D'énormes containers moches y ont été installés, mais il n'y a pas d'emplacement prévu pour accrocher quelques biclous, ça donne tout de suite le ton.



Bon, passons. Les zythocroisés fixent tant bien que mal leurs dix montures aux 2 panneaux de signalisation qui se sont perdus dans la rue et découvrent ensuite à la billetterie que le musée ne dispose pas non plus de place pour installer des consignes. C'est embêtant de se trimballer des sacoches mais ce n'aurait pas été un problème en soit si, arrivés à la porte d'entrée de la villa après avoir acheté leurs billets, un autre cerbère encore moins bien luné que le premier ne leur dise d'un ton encore plus désagréable "qu'il ne veut pas le savoir mais que les sacoches en tout cas, elles, ne rentrent pas".

Villa Cavrois
Les voilà donc contraint de les laisser sur le pas de la porte à la merci du premier opportuniste venu. A leur grand étonnement, personne ne leur demande d'enlever leurs chaussures crottées ou de mettre des patins pourtant leurs pieds et bas de pantalon sont maculés de boue.



Dans la lignée de Frank Lloyd Wright et dans le même mouvement moderne, fonctionnel et dépouillé que Le Corbusier, l'architecture et le design de Mallet-Stevens sont aussi froids que leurs gardiens mais l'endroit est impressionnant. Comme il a tout conçu, c'est très cohérent. Certaines pièces sont plutôt cozy mais d'autres donnent carrément les chocottes.



Ceci pourrait expliquer l'attitude désobligeante des gardiens. On aurait pu croire qu'ils avaient du mal à se remettre de leur soirée du nouvel an ou que travailler alors que la plupart des gens faisaient le pont les rendait grognon. Cependant, après avoir échangé avec d'anciens visiteurs, leur aigreur s'avère récurrente. Mallet-Stevens ayant réalisé des décors de cinéma reflétant la psychologie des personnages, pourrait-on imaginer qu'à l'inverse la maison influence l'humeur de son personnel?

Çà ou alors la villa a été construite sur un vieux cimetière indien...


Effectivement, le passé de la maison n'est pas des plus radieux. Pour une sombre histoire d'héritage et de promoteur immobilier peu scrupuleux, elle fut laissée à l'abandon pendant des années et pillée par des squatteurs ou des férus d'architecture, se dégradant de plus en plus au fur et à mesure que les années passaient. L'association qui l'a sauvée et qui la restaure rachète petit à petit le mobilier disparu. Quand on sait qu'un simple fauteuil d'origine atteint les 20 000 euros, on se dit que 7€50 l'entrée n'est pas si déraisonnable et on comprend pourquoi la guichetière était la seule personne souriante et aimable parmi le personnel.



A l'opposé de cette expérience, la visite de la brasserie Cambier fut des plus chaleureuses et décontractées. Une authentique brasserie familiale des plus sympathiques. Nous fûmes accueillis par un jeune brasseur passionné qui, lassé de faire de la bière pasteurisée chez Heineken, a décidé de se lancer dans l'élaboration de son propre breuvage. Avec 400 000 euros d'investissement initial, c'était un pari plutôt risqué mais ça marche bien pour lui puisqu'un an à peine après son lancement la brasserie s'agrandit déjà.



La visite est un peu chère (7€) mais elle n'est pas formatée. On a affaire à un brasseur heureux de partager son savoir-faire et qui donne des explications à la fois abordables et très pointues. Ensuite, il nous propose de déguster 3 types de bières en grignotant quelques grains de malt. Celles-ci sont plutôt classiques mais fort plaisantes notamment l'IPA qui présente un bon équilibre entre le nez très houblonné et l'amertume pas excessive.



Le retour se fit sous la pluie et donc dans la précipitation le long du canal de Roubaix puis de la Deûle. Mais le doux cliquetis des précieuses reliques que nos croisés de la bière avaient emmené avec eux leur promettait déjà un réconfort bien mérité.

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