Je suis venu à Saumur avec l'idée d'en rapporter une bouteille de vin. Que dis-je, LA bouteille de vin car je ne peux en prendre plus dans mes sacoches. Ce sera celle qui donnera une raison à ce périple déraisonnable, celle qui donnera tout son sens à cette aventure insensée.
Cependant le terroir de la région est tellement riche que je ne sais pas par où commencer: Saumur-Champigny, Chinon, Anjou, Côteaux de Bourgueil, Touraine... Je n'ai pas encore bu une goutte d'alcool que déjà la tête me tourne !
Finalement, une évidence s'impose: mon Graal se trouve au pays de Rabelais ! Lui qui, bon vivant et fin connoisseur ès breuvages raisineux, y avait fait vivre tant d'aventures à Gargantua et à son fils Pantagruel. Et, tel ce dernier en son temps, je m'élance moi-même en direction de Chinon et de Cravant-les-Côteaux en quête de la Dive Bouteille. De toute façon, Gargantua me doit bien ça! Lui dont la jument a chassé les mouches si fort avec sa queue qu'elle a rasé tous les arbres de la Beauce et par la faute de laquelle je me suis pris un sacré vent de face!
Je décide également d'en profiter pour rejoindre l'ami Sylvain, un autre vadrouilleur à vélo, qui descend la Loire en compagnie de ses parents.
Quelques kilomètres à peine après le départ, voilà que je m'enfonce dans une épaisse forêt. Soudain des détonations retentissent par salves de quatre tout autour de moi. Tac Tac Tac Tac. Ça n'arrête pas. Les guerres pichrocolines sont pourtant terminées depuis quelques siècles maintenant. Ce n'est donc point cela. Il s'agit en fait de tirs d'entraînement de l'armée et je me rends compte que je suis encerclé de terrains militaires. Il ne vaut mieux pas que je m'éloigne du chemin où je ne donne pas cher de ma peau !
C'est donc ça le véritable son de la guerre, ça me fait froid dans le dos... Malgré tout la forêt est belle et la balade agréable. Le relief est plaisant: assez de buttes pour ne pas s'ennuyer mais pas trop pour ne point fatiguer.
J'arrive bientôt à l'étrange abbaye de Fontevraud puis je mets le cap vers Seuilly et la maison natale de Rabelais. J'aperçois mon premier château, celui de Coudray-Montpensier.
Cela fait déjà un moment que le son du canon s'est estompé. Mais un bruit suspect se déclare au niveau du moyeu de ma roue avant: ma plaquette de frein veut se faire la malle. J'essaie de la remettre en place. J'ai beau me battre avec elle, rien n'y fait, la mule ne veut rien savoir. Je suis donc obligé de l'amputer et de poursuivre mon périple sans si je ne veux pas rester avec mon biclou sur le bord de la route...
Je repars prudemment mais j'ai perdu 30 précieuses minutes dans l'affaire et, si je veux visiter une cave puis retrouver mes compagnons du côté de Villandry, je n'ai pas trop intérêt à trainer.
Après quelques kilomètres, j'arrive à Chinon puis je longe la Vienne et ses coteaux. Je passe devant quelques propriétés viticoles mais aucune ne m'inspire et je ne sais dans laquelle faire halte. Je trace alors mon chemin qui semble se mouvoir de lui-même tellement je file. C'est à dire qu'il est maintenant plus difficile de réfréner les ardeurs de ma monture.
Je passe par Azay-Le-Rideau mais je ne tarde pas car le château est en réparation. Je retrouve ensuite Sylvain et ses parents qui font bombance sur une table de pique-nique en bord de Loire. Ils sont partis d'Orléans et comptent rejoindre la Bretagne en quelques jours. Je fais un bout de route avec eux.
Nous longeons la Loire par des lieux aux noms évocateurs: Villandry, Langeais, Ussé, ... C'est une orgie de châteaux ! L'indigestion nous gagne rapidement. On ne quitte même plus la véloroute pour les admirer de près.
Le temps passe vite en leur compagnie et on arrive bientôt au camping de Chinon où ils ont décidé de bivouaquer pour la nuit, sous la protection de la forteresse qui surplombe la ville. Quant à moi, je poursuis ma route vers Saumur.
Je n'ai hélas pas trouvé la Dive bouteille tant convoitée. Alors dès le lendemain, je remets le couvert ! Mon appétit pantagruélique de vélo n'a point été rassasié par les quelques 160 kilomètres de la veille. Cette fois, je mets le cap sur Doué-la-Fontaine qui semble être un épicentre de la production viticole et dont les environs regorgent de villages troglodytiques.
Auparavant, je passe chez un oracle du vélo afin de faire réparer mon frein et comme il est sympa et que la discussion coule à flot comme le vin dans la gorge de Grandgousier, j'en profite pour lui demander s'il ne connaitrait pas, par hasard, quelque vigneron sympathique à me conseiller. Je repars bientôt avec un vélo opérationnel et une précieuse liste de caves à explorer. L'une d'entre elles a particulièrement retenu mon attention: Le Petit Saint Vincent, un vigneron indépendant et bio qui récolte à la main. Ce sera celle que je visiterai si jamais aucune autre ne me tente en chemin.
Je sillonne la campagne. Le paysage se révèle séveux. Chaque village que je traverse foisonne de troglodytes et rivalise de pittoresque. Et de ces villages, d'innombrables chemins se répandent dans la campagne comme du jus du raisin s'écoulant du fouloir. Ce sont autant d'invitations à varier les plaisirs.
Je passe par l'étrange village de Rochemenier qui, de loin, ressemble à
n'importe quel autre village de France, mais dont la majeure partie est
subtergée comme un iceberg perdu au milieu d'un océan de labours.
Le soleil capiteux chauffe mes épaules, le vent est charpenté, il a du corps mais reste néanmoins aimable. Le bitume est plutôt soyeux. J'avale goulument les kilomètres de cette enivrante balade. Mais je ne trouve toujours pas la source que je recherche.
Je change donc la fin de mon itinéraire et je m'arrête devant la porte du Petit Saint Vincent qui se situe à 6 kilomètres à peine de mon point de départ. Ah bah ça valait le coup de faire tout ce trajet, je vous entends déjà ironiser. Peut-être, peut-être...
En tout cas, je ne la tiens pas encore entre mes mains cette sacrée bouteille! Car lorsque je franchis le seuil du temple, je m'aperçois que le lieu est en ébullition. Le patron doit prendre l'avion dans quelques heures et finit de préparer une palette à expédier. Et moi, j'arrive comme un cheveu sur la soupe. Mais qu'à cela ne tienne (Étienne !) on me trouve vite une prêtresse pour me faire la dégustation. J'explique qu'étant à vélo je ne peux emporter qu'une seule bouteille mais elle n'en a cure et me fait goûter gracieusement de tous ses vins.
Et là, je la reconnais, la bouteille! La Bacbuc qui contient le divin liquide aux arômes exaltés par les kilomètres. J'y retrouve le parfum de la forêt, le goût du tuffeau, la couleur des champs, la chaleur du soleil, la fraîcheur du vent, le mystère des troglodytes, le panache des châteaux... Ce vin n'aurait jamais eu autant de saveurs si je n'avais arpenté la région en long et en large à la force du mollet et chaque gorgée que j'avale me le rappelle distinctement: IN VELO VERITAS !
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samedi 14 mai 2016
La quête de la Dive Bouteille
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jeudi 14 avril 2016
[zythocyclade 09/12 - Brasserie TINA] Récupération active
Vendredi 8 avril 2016
Il paraît, même si cela fait polémique, que la bière serait très bonne pour la récupération après l'effort grâce aux vitamines et aux minéraux qu'elle contient. Et il est vrai, qu'après un périple de 560 kilomètres de vélos en 3 jours, une petite bière pour le réconfort ne serait pas de refus.
Mais peut-on trouver une vraie bonne bière aux abords de la Loire, dans les environs de Saumur, en plein cœur du vignoble?
Et bien oui ! Il existe une alternative aux bières pasteurisées dans le Maine-et-Loire, à 6 km du centre de Saumur: la TINA. Mythe de la bière ou pas, cette minuscule balade de 12km le long de la Loire pourra faire office de récupération active.
La TINA n'a rien à voir avec une bière arhumatisée, c'est en fait l'acronyme du slogan cher à Maggie Thatcher pour prôner l'austérité dans le Royaume-Unis des années 80 : There Is No Alternative.
Le maître-brasseur Jean-Jacques Bossard semble être aussi passé maître de l'ironie.
Car point d'austérité dans le local où il nous fait goûter toutes ses bières ni de manque de fantaisie dans ses recettes: il propose des bières classiques mais s'amuse surtout à explorer des territoires moins arpentés mais tout aussi charpentés comme sa bière au malt tourbé ou comme sa bière au chenin pour laquelle il utilise le cépage typique de la région. Cette dernière présente les fines bulles du vin pétillant et l'acidité rafraîchissante des vins de Saumur.
On n'a donc pas d'autre choix que de les apprécier!
Il paraît, même si cela fait polémique, que la bière serait très bonne pour la récupération après l'effort grâce aux vitamines et aux minéraux qu'elle contient. Et il est vrai, qu'après un périple de 560 kilomètres de vélos en 3 jours, une petite bière pour le réconfort ne serait pas de refus.
Mais peut-on trouver une vraie bonne bière aux abords de la Loire, dans les environs de Saumur, en plein cœur du vignoble?
Et bien oui ! Il existe une alternative aux bières pasteurisées dans le Maine-et-Loire, à 6 km du centre de Saumur: la TINA. Mythe de la bière ou pas, cette minuscule balade de 12km le long de la Loire pourra faire office de récupération active.
La TINA n'a rien à voir avec une bière arhumatisée, c'est en fait l'acronyme du slogan cher à Maggie Thatcher pour prôner l'austérité dans le Royaume-Unis des années 80 : There Is No Alternative.
Le maître-brasseur Jean-Jacques Bossard semble être aussi passé maître de l'ironie.
Car point d'austérité dans le local où il nous fait goûter toutes ses bières ni de manque de fantaisie dans ses recettes: il propose des bières classiques mais s'amuse surtout à explorer des territoires moins arpentés mais tout aussi charpentés comme sa bière au malt tourbé ou comme sa bière au chenin pour laquelle il utilise le cépage typique de la région. Cette dernière présente les fines bulles du vin pétillant et l'acidité rafraîchissante des vins de Saumur.
On n'a donc pas d'autre choix que de les apprécier!
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| Cette bouteille s'est brisée juste après le transport... Trop de pression du au chenin? |
mardi 12 avril 2016
Symphonie pastorale
Opération cave à vin - épisode 3
Ste Maur sur le Loir -> Saumur - 180 km
Cette fois-ci je ne me fais pas avoir. J'avance mon réveil d'une demie heure pour partir à 5h du matin avec pour but de prendre le vent de vitesse.
Et ma tactique s'avère payante car le vent n'est pas aussi matinal. J'engrange les kilomètres sous une couverture pleine d'étoiles. Il y en a tellement que je ne reconnais aucune constellation. En même temps, j'en connais pas des masses.
Je survole la campagne. Le grand projecteur céleste s'élève peu à peu pour éclairer la scène de ses rayons. Crapauds, oiseaux, insectes, tout le monde fait ses vocalises, depuis l'alto du coq au bariton de la vache en passant par le ténor de l'âne. Seul le faisan et sa voix de crécelle pourrait se faire recaler à l'audition mais on aime bien son plumage d'opéra alors on le garde. Un bambi aux bois naissants joue les jeunes premiers en coulisse. Des biches traversent nonchalamment la route telles des divas... Calme et volupté!
Et toujours pas un pet de vent à part celui que je produis. Je ne parle pas de prouts bande de dégoûtants mais de la masse d'air que je déplace en roulant ! Ça s'appelle le vent relatif. Mais vous avez raison, je deviens trop lyrique.
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| Vendôme |
Il est 8h05. J'ai parcouru 60km et j'arrive à Vendôme juste à temps pour le petit déj'. Je m'arrête à la boulangerie pour acheter des petits pains. Je connais bientôt tout de la vie de Denise, la pétillante boulangère qui rêve de faire le tour du monde avec son mari. Puis je me rends au café d'en face. Denise me rattrape avec une meringue à la main pour me l'offrir. C'est vraiment très gentil! On ne la fait pas au cafetier par contre. "Ah ouais, vous venez de Lille à vélo? Ça va, c'est pas si loin." Il lui en faut plus pour l'impressionner. Il a raison.
Je repars mais cette fois le vent a fini sa grasse matinée. La lutte acharnée à travers la Beauce reprend. Heureusement, le vent n'est pas aussi enragé qu'hier et je maintiens une moyenne correcte. Force et honneur !
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- Vendôme, Vendôme... Faut quand même admettre c'est plutôt du vent d'homme!
- Bof, Jeannie Longo, une petite brise comme ça, elle en fait son p'tit déjeuner... |
A midi, je me délecte du sandwich et de la meringue de Denise près d'une mare dans la campagne baignée par le soleil. Puis je cherche un village où prendre un café. J'en traverse un où se trouve une gendarmerie. Il doit forcément y avoir un bistrot alors, me dis-je ! je n'avais pas tord.
Puis bientôt il ne me reste plus que 30km. Je suis si près du but que je me sens pousser des ailes. Mes genoux, mon cou, mes épaules, tout mon corps essaie vainement de me faire comprendre qu'il a mal, qu'il est fourbu mais mon cerveau est tellement imprégné d'endorphine qu'il s'en bat le bulbe rachidien.
Je vole à 30km/h. Je prends la roue d'un tracteur et je culmine à 37. Je fonce, je ne lâche rien. Force et honneur: si je maintiens cette vitesse, en moins d'une heure, je serai à Saumur!
Quand le sportif déchaîné qui avait pris possession de mon corps se volatise tout à coup, happé par une bande de sable. Du sable ?!! C'est quoi ce bazar!??
J'ai beau utiliser un maximum d'outils cartographiques pour peaufiner mes itinéraires, vérifier chaque portion avec streetview, google earth et autres, le chemin réserve toujours des surprises. Cette fois, c'est une route forestière qui se prend pour une plage d'Ibiza. Impossible d'avancer, le sable se dérobe sous mes roues.
C'est l'occasion de revenir à la réalité, de marcher un peu pour me délasser les jambonneaux et de profiter de la merveilleuse forêt de pin qui m'entoure et du parfum de vacances qui s'en dégage. Calme et volupté.
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| Le Saumur-Champigny aura un goût de banane cette année |
Les 15 derniers kilomètres de mon périple s'effectuent ainsi, en mode tranquillou-bilou. Même la grêle qui s'abat soudainement sur moi ne me dérange pas plus que ça. C'est l'occasion de tester le matériel: il est bon.
Et je suis tout étonné quand j'aperçois enfin les majestueuses tours du château de Saumur à 4 kilomètres de l'arrivée. J'avais presque oublié mon objectif.
Pour terminer en beauté (et achever mes genoux), je grimpe jusqu'aux portes du château où je déguste enfin un verre de Champigny devant un superbe panorama bien mérité. Demain pourra commencer l'exploration du vignoble.
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| Château de Saumur |
Force et honneur, calme et volupté !
Ce qui aurait pû gâcher ma journée :
Rrrien! Même pas quand ma batterie de téléphone a rendu l'âme et que j'ai perdu toutes mes statistiques. Je m'en bats le bulbe!
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